Oziorsk

O.2012-1

La ville d’Oziorsk est bâtie en 1948, au milieu de la forêt. On y produit le plutonium des bombes atomiques. Jusquen 1993, elle ne figure sur aucune carte. À partir des années 1950, 250 000 animaux y ont été exposés à des rayons ionisants pour analyser leurs effets. Des étagères pleines de lames, d’échantillons et de blocs de cire dans des sacs en plastique… Soile Tapira est venue récupérer ces précieuses archives pour les déposer au Centre Helmholtz, Munich.

Alison Abbott, « Les aventuriers de l’archive perdue », Courrier international, 4 juillet 2012. Originalement paru dans Nature 485, 9 mai 2012

« Je suis née en 1972, dans une ville fermée nucléaire. » Nadezhda Kutepova commence ainsi son récit. Menacée de prison parce qu’elle défend les droits des victimes d’une double catastrophe nucléaire en Russie, elle a fui précipitamment son pays pour gagner la France, en juillet dernier. Jusqu’en 1993, sa ville, baptisée Oziorsk, ne figurait sur aucune carte. Située dans l’Oural, à 1 800 kilomètres à l’est de Moscou, elle compte pourtant près de 100 000 habitants aujourd’hui. Oziorsk a été bâtie en 1948, avec la centrale voisine de Maïak, au milieu d’une forêt, pour produire le plutonium destiné aux bombes atomiques de l’URSS. Dès sa plus tendre enfance, Nadezhda Kutepova a appris à taire l’existence de ce lieu quand elle allait visiter sa grand-mère paternelle, à l’extérieur. « Si tu le dis à qui que ce soit, nous serons arrêtés », lui répétaient ses parents. Quelque 14 500 personnes travaillent encore dans le complexe nucléaire, qui est devenu probablement le plus grand centre de stockage et de traitement des déchets nucléaires au monde. Et Oziorsk est toujours un territoire où l’on ne peut pénétrer sans autorisation, l’une des dix villes nucléaires russes fermées. A Oziorsk, où l’on a déversé des déchets radioactifs, dans les lacs et la rivière Techa, autour de Maïak, de 1949 à 1952, le secret est encore plus épais qu’ailleurs : la région a été le théâtre d’une catastrophe nucléaire majeure, camouflée pendant des décennies. Depuis, ce territoire est l’un des plus pollués de la planète.

Emmanuel Vibert, Le Parisien, 29 avril 2016.

http://archivesgamma.fr/2012/03/24/ville-close