Bas-bruit

M.1996-2

De 1971 à 1996, il abritait en effet l’un des deux postes de commande de tir des missiles stratégiques dit du plateau d’Albion, cette vaste zone de 800 kilomètres carrés située à environ 1 000 mètres d’altitude, au-dessus du parking. C’est à 1,5 kilomètre de l’entrée bétonnée et à 500 mètres sous terre que, 24 heures sur 24, deux officiers de tir pouvaient à tout moment tourner les clés activant les têtes nucléaires réparties dans les dix-huit silos enterrés du plateau. Désormais, plus de clés, ni de bombes. Le centre névralgique de la dissuasion française est devenu un laboratoire de recherche assez écléctique où se retrouvent physiciens des particules, hydrologues, géologues, électroniciens, biologistes…

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2016/10/17/a-rustrel-vaucluse-la-science-presque-sans-bruit_5015174_1650684.html

Le système sol-sol balistique stratégique (SSBS) du plateau d’Albion a été conçu pour résister à une attaque nucléaire et effectuer des tirs de représailles. Il s’inscrit dans le cadre du programme de frappe nucléaire voulu par le général de Gaulle, président de la République française, au début des années 1960. Il a été en fonctionnement permanent d’août 1971 à septembre 1996. Unique site terrestre français de dissuasion nucléaire, il a marqué le bouleversement d’un territoire d’un point de vue géologique, démographique, social et culturel. Le système dans son ensemble était déployé sur un secteur de 800 km² touchant le Vaucluse, la Drôme et les Alpes de Haute-Provence, le cœur du dispositif se trouvant sur le plateau d’Albion.
Le système SSBS comportait à l’origine deux antennes de réception, deux postes de conduites de tir et 18 zones de lancement, plus des installations annexes pour les militaires.

Devenu obsolète, le site a été démantelé en 1996. Certaines des installations ont retrouvé un usage, inverse d’ailleurs au programme initial de destruction massive, en devenant des lieux de recherches scientifiques ou d’observation, pour partie ouverts au public.

L’infrastructure des postes de conduite de tir était enterrée sous la roche à plus de 500 mètres de profondeur et complètement isolée de la surface. La partie visible se composait d’une vaste plateforme bétonnée, toujours en place aujourd’hui, de la taille d’un demi terrain de football entièrement clôturée et d’un mur en béton long de 30 mètres sur 5 de hauteur. Une porte métallique protégeait la conciergerie, à partir de laquelle une porte blindée donnait accès à un tunnel bétonné de plus de 2 km, situé sous la montagne. Construit pour résister à une éventuelle explosion, celui-ci est équipé d’une galerie anti-souffle, et à son extrémité, d’un puits de secours. Il conduit au poste ou « capsule » de tir, une salle en forme de capsule de médicament, de la taille d’une carlingue d’Airbus. Ce cocon en béton armé est suspendu sur des ressorts amortisseurs au sein d’une caverne artificielle creusée à même la roche ce qui lui assurait une protection contre les effets d’une onde de choc sismique naturelle ou provoquée par une explosion nucléaire.

L’ensemble des galeries qui formaient le dispositif du poste de commande de tir 1 a été reconverti en laboratoire souterrain à bas bruit (LSBB). Rattaché à l’université Côte d’Azur, les équipes transdisciplinaires du monde entier s’y sont fixées pour établir les thèmes de recherches et les objectifs suivants«Environnement bas bruit, observation et expérimentation haute sensibilité, observation terre solide, zone critique, atmosphère, rayonnement cosmique géophysique, ondes (déformation, translation, rotation), champ de gravité, hydrogéologie, dynamique des transferts, réservoirs géologiques, phénomènes transitoires haute énergie dans l’atmosphère, neuroscience, biologie et ADN dans les roches.»

https://www.culture.gouv.fr/Regions/Drac-Provence-Alpes-Cote-d-Azur/Politique-et-actions-culturelles/Architecture-contemporaine-remarquable-en-Paca/Le-label-Architecture-contemporaine-remarquable/Les-edifices-labellises-Architecture-contemporaine-remarquable/Label-ACR-Vaucluse/Rustrel-Lagarde-d-Apt-Anciennes-installations-de-dissuasion-nucleaire-du-plateau-d-Albion

Légende Image : Tunnel du laboratoire souterrain à bas bruit (LSBB): ce tunnel, en cours de construction lors de mon reportage, est un événement dans le monde très fermé des scientifiques qui travaillent au LBSS, mais aussi pour l’ensemble des adeptes et historien·nes de la Guerre froide. En premier lieu parce qu’il modifie la topographie et l’architecture originelle du PCT 1 mais également parce qu’il ancre dans le réel le changement de destination du dispositif dans son ensemble. Ce tunnel est destiné à accueillir prochainement l’appareillage nécessaire à l’écoute et à l’enregistrement des corps célestes chutant sur la planète. Autrefois destiné à déployer le chaos et le fracas, ces entrailles minérales sont aujourd’hui dédiées à écouter avec attention les manifestations les plus archaïques de la vie.

http://www.slate.fr/grand-format/vestiges-plateau-albion-nucleaire-guerre-froide-centrales-photovoltaique-laboratoires-bas-bruit-192555

http://archivesgamma.fr/2021/07/12/3925