Asse

P.1967-1

Un volume de masse radioactive équivalent à soixante maisons a été entreposé entre 1967 et 1978 dans la mine de sel désaffectée d’Asse, au centre de l’Allemagne. Ces 126 000 tonneaux de déchets radioactifs devaient séjourner là pour l’éternité. Trente ans plus tard, Asse a pris des allures de quasi-catastrophe écologique et de boulet politique. Le lieu, géologiquement instable, souffre d’infiltrations d’eau. Certains contenants sont rouillés. Face à la gravité de la situation, l’office fédéral chargé de la gestion du site optait en janvier pour l’évacuation. Cette opération inédite, très complexe, prendra près de vingt ans et pourrait coûter 2 à 3 milliards d’euros à l’Etat.

Nathalie Versieux, “L’Allemagne minée par ses déchets nucléaires”, Libération, 14 juillet 2010

Une montagne de fûts jaunes estampillés du sigle du nucléaire, une couche de sel et de béton par-dessus, et encore du sel pour boucher l’entrée des grottes. Un volume de masse radioactive équivalent à soixante maisons a été entreposé entre 1967 et 1978 dans la mine de sel désaffectée d’Asse, au centre de l’Allemagne. Ces 126 000 tonneaux de radioactifs devaient séjourner là pour l’éternité. Trente ans plus tard, Asse a pris des allures de quasi-catastrophe écologique et de boulet politique. Le lieu, géologiquement instable, souffre d’infiltrations d’eau. Certains contenants sont rouillés. Face à la gravité de la situation, l’office fédéral chargé de la gestion du site optait en janvier pour l’évacuation. Cette opération inédite, très complexe, prendra près de vingt ans et pourrait coûter 2 à 3 milliards d’euros à l’Etat.

Quelques minutes suffisent pour atteindre, à 500 mètres, les premiers étages souterrains. La chaleur est étouffante. Deux portes, en lourd métal jaune formant un sas, mènent vers le dédale des galeries interminables, plongées dans le noir. La met en évidence la gravité de la situation : des fissures strient les parois de sel. Certaines d’entre elles, depuis 1988, se sont déplacées de six mètres vers le nord. Les gestionnaires du site ont à lutter contre deux fléaux : un effondrement possible de certaines cavités et l’infiltration d’eau contaminée vers la nappe phréatique.

L’ancienne mine s’enfonce jusqu’à 900 mètres, sur treize étages. Douze cavités contiennent des peu radioactifs. Ceux de la treizième le sont moyennement. Des résidus provenant à 60% des centrales allemandes qui pouvaient y déverser leurs matériaux sans frais jusqu’en 1975. «Un des problèmes est que nous ne savons pas vraiment ce qui se trouve dans les fûts, explique Wolfram König, Vert et président du BfS, l’office fédéral chargé de la sécurité du nucléaire civil. L’étiquetage des années 60 et 70 ne répondait pas aux standards actuels. Ces dernières années, nous en avons ouvert vingt-cinq. La moitié ne contenait pas ce qui figurait sur les registres.» Face à l’instabilité du site, «remonter les fûts à la surface est apparu comme étant la moins mauvaise solution, poursuit-il. Nous devons prendre une décision valable pour un million d’années. Au-delà de la humaine, une fois que les centrales nucléaires auront peut-être disparu de la terre, et que plus personne ne saura rien du danger».

Nathalie Versieux, “L’Allemagne minée par ses nucléaires”, Libération, 14 juillet 2010

http://archivesgamma.fr/1967/01/12/asse