Ouraline

O.1820-1

Jaunes et orange, les composés d’uranium sont utilisés pour la coloration de porcelaines uranifères et de verres d’urane. Les premières pièces sont produites vers 1820 par les manufactures de Meissen, de Wien et les cristalleries de Bohême. La mode se propage bientôt à toute l’Europe.

Jean-Pierre Adloff, in Radioprotection vol. 41, nº 4, 2006

Uranfarben, Uranglasuren ; radiometrisch, technisch, historich. H von Philipsborn et R. Geirel. Volume 46 des publications du Musée des exploitations minières et de l’industrie de l’est de la Bavière. Theuren, 2005. 160 pages. ISBN : 3-925690-55-7

A Joachmisthal, en Bohème, l’exploitation de l’argent décline avant même la fin du xvie siècle. À partir du xviie siècle jusqu’à la moitié du xixe siècle, la production s’oriente vers les métaux non ferreux comme le cobalt, le nickel, le bismuth ou le plomb, l’argent n’étant plus exploité qu’occasionnellement. On découvre là aussi un minerai noir qui porte traditionnellement malheur aux mineurs. Beaucoup d’entre eux présentent, en effet, des maladies respiratoires pouvant aboutir au cancer des bronches, troubles dus à l’inhalation d’un gaz dégagé par cette roche. Les mineurs l’appellent pechblende et il est rejeté dans les déblais. Là où on le trouve, le minerai d’argent est pratiquement absent.

C’est en analysant le pechblende que Martin Heinrich Klaproth (1743-1817) découvrit l’uranium en 1789. Il releva la couleur jaune-orange des composés de l’élément et suggéra leur emploi pour la coloration de porcelaines. Quelques années plus tard, les premières porcelaines uranifères étaient produites en Allemagne par les manufactures Meissen et Wien. Au milieu du 19e siècle, le minerais d’uranium abandonné à St Joachimsthal, considéré jusque-là sans valeur, fut donc utilisé pour la préparation de colorants à base d’uranium. Il s’agit de l’uraninite (oxyde uraneux, UO2) Ainsi naquit une industrie prospère d’abord en Allemagne puis en Europe pour la confection de porcelaines, faïences, verres d’urane ou ouralines, carreaux et émaux utilisant une palette d’une trentaine de teintes.

Une impressionnante collection d’objets d’art uranifère a été rassemblée au Musée des exploitations minières et de l’industrie à Theuren dans le Land de Bavière, proche des centres historiques de l’industrie verrière. Elle est présentée et commentée dans l’opuscule « Couleurs, verres et émaux uranifères : radiometrie, technologie, historique ». Plus de la moitié de la publication rassemble des photographies en couleur illustrant agréablement les chapitres décrivant les mesures radiométriques, les techniques relatives à la préparation des colorants et la confection des objets présentés. Le document est rédigé sous la direction de Henning von Philipsborn, Professeur à l’université de Ratisbonne, auteur de nombreux travaux sur la métrologie des rayonnements.

Les chapitres traitant de la radiométrie qui intéresseront davantage le radioanalyste s’ouvrent d’emblée par la question : les objets présentés sont-ils dangereux ou inoffensifs pour le public ? La réponse est rassurante : la dose d’exposition annuelle au contact des objets est 0,01 mSv alors que la dose naturelle en Allemagne est 2,4 mSv-.

Si la radioprotection au voisinage des objets uranifères ne pose pas de problème particulier, il n’en est pas de même pour l’utilisation de vaisselle à base d’émaux céramiques de couleur rouge ou orange pour lesquels la teneur superficielle en uranium peut dépasser 15 %. Leur utilisation est proscrite et leur fabrication est maintenant interdite.

Le lecteur germanophone appréciera les explications détaillées sur la préparation des colorants et la confection des objets d’art, et l’histoire des deux siècles de l’industrie verrière à base d’uranium, incluant de nombreuses anecdotes. L’amateur d’objets d’art, non familier avec la langue de Goethe, admirera la magnifique reproduction de près de trois cents chefs d’œuvre. L’un et l’autre seront ainsi incités à visiter la belle collection du musée de Theuern.

http://www.annales.org/archives/x/uraniferes.html

https://web.natur.cuni.cz/IGP/main/staff/sakala/04-divers/papers/ulminium-jachymov.pdf

Image : Verre uranifère avec une gravure : « Teplitz, 17 Juli 1841 ». Propriété du professeur Karl-Heinz Jacobn, Berlin

http://archivesgamma.fr/1802/01/16/ouraline