Gamlet

O.2016-5

«La Zone est mon lieu de détente. Elle remplace la mer, les Carpates, les terrils, la Turquie enduite de mojito frais et parsemée de putes bronzées. Une vingtaine de fois par an, j’y pars en visiteur clandestin. Je suis un stalker, un piéton, un passant, un idiot, appelez-moi comme vous voulez. On ne me remarque pas, mais je suis là. J’existe, un peu comme le rayonnement ionisant. Je prépare mon sac à dos, je passe sous les barbelés puis je disparais dans la profondeur noire des forêts de Polésie, dans les trouées et les odeurs de pin. Je me fonds dans ces épaisseurs étourdissantes et personne jamais ne pourra m’y débusquer.»

Markiyan Kamysh, La , Traduction (Ukrainien) : Natalya Ivanishko

«La Zone est mon lieu de détente. Elle remplace la mer, les Carpates, les terrils, la enduite de mojito frais et parsemée de putes bronzées. Une vingtaine de fois par an, j’y pars en visiteur clandestin. Je suis un stalker, un piéton, un passant, un idiot, appelez-moi comme vous voulez. On ne me remarque pas, mais je suis là. J’existe, un peu comme le rayonnement ionisant. Je prépare mon sac à dos, je passe sous les barbelés puis je disparais dans la profondeur noire des forêts de Polésie, dans les trouées et les odeurs de pin. Je me fonds dans ces épaisseurs étourdissantes et personne jamais ne pourra ’y débusquer.»
Markiyan Kamysh est un jeune Ukrainien, aventurier et journaliste. Né en 1988 deux ans après la catastrophe, il appartient à la «génération Tchernobyl ». Pour lui comme pour ses camarades d’errance, la Zone – cette Zone d’exclusion nucléaire où toute présence humaine est interdite sur un rayon de 30 kilomètres autour de la – est devenue «une de paix, figée et hors du temps».
Depuis 2010, Markiyan Kamysh a passé plus de deux cents jours à explorer la Zone, «à renifler et toucher chaque débris de cette poubelle, chaque fragment du passé». Il connaît les lieux comme sa poche et nous embarque à la découverte de «l’endroit le plus exotique du monde».
  • Documents
  • Paru le 13/04/2016
  • Genre : Littérature étrangère
  • 176 pages – 136 x 210 mm
  • Broché
  • EAN : 9782081383753
  • ISBN : 9782081383753

https://www.arthaud.fr/la-zone/9782081383753

I smuggled Gamlet into the Chornobyl Exclusion Zone. A nineteen-mile zone around the power plant has been off limits since the meltdown in 1986. You can’t go there without getting a special permit, let alone do street art. I’ve never been one to grovel, so I don’t have any special permits. Over the past seven years or so, I’ve been sneaking people in, like the protagonist of Andrei Tarkovsky’s Stalker.

I’m sitting on the cracked asphalt, pressing my hand against a clump of radioactive moss. It’s not that I don’t care about my health. The thing is, there isn’t much radiation here anymore, but even if there were, humans can get used to just about anything, anyway. “If there’s no dosimeter, there’s no radiation,” I tell Gamlet.

Gamlet is a Ukrainian street artist. Running his roller dipped in thick white paint along the wall, he says that his name has nothing to do with Shakespeare’s hero and that in Russian, gam let means the noise of years passing by, the commotion of the era in which we live.

https://www.asymptotejournal.com/nonfiction/markiyan-kamysh-pripyat-underground/

http://archivesgamma.fr/2022/03/25/gamlet