Dossier Oppenheimer

D.1964-2

Pour son premier spectacle à Paris depuis sa démission du Théâtre national populaire, Jean Vilar a donc choisi de mettre en scène le long interrogatoire – il a duré vingt-trois jours – du savant à qui on reprochait son ” manque d’enthousiasme pour le projet de la bombe à hydrogène “.

” Ceci n’est pas une fiction. ” Cette mise en garde pourrait être placée en exergue du spectacle que le Théâtre de l’Athénée-Théâtre Vivant présente depuis lundi, le Dossier Oppenheimer, texte de Jean Vilar réalisé d’après le montage scénique d’Heinar Kipphardt et les minutes de la commission de sécurité de l’énergie atomique publiées par le département d’État des États-Unis d’Amérique (1). Pour son premier spectacle à Paris depuis sa démission du Théâtre national populaire, Jean Vilar a donc choisi de mettre en scène le long interrogatoire – il a duré vingt-trois jours – du savant à qui on reprochait son ” manque d’enthousiasme pour le projet de la bombe à hydrogène “. La pièce, qui a déjà été montée en octobre à Berlin-Est par Piscator, et la semaine dernière au Piccolo Teatro de Milan par un collectif de travail sous la direction de Strehler, sera jouée l’an prochain dans seize pays. À Paris, c’est Jean Vilar qui joue lui-même le rôle du professeur Oppenheimer, et qui a mis en scène les comédiens : Charles Nissar (Gordon Gray), R.-J. Chauffard (Ward E. Evans), Mario Pilar (Roger Robb, avocat de la commission de l’énergie atomique), Jean Leuvrais (avocat du Dr Oppenheimer), Pierre Tabard, François Darbon et Dominique Rozan (les savants atomistes Edward Teller, et ), Jean François Rémi (John Lansdale, qui dirigea les services d’espionnage pendant la guerre). Les décors et les costumes sont d’André Acquart.

Par Nicole Zand, Le Monde, Publié le 09 décembre 1964 

 

Le Procès Oppenheimer, que le Théâtre de l’Athénée présentera dans la seconde quinzaine de décembre, ne sera pas, comme la version donnée par Piscator à Berlin, le texte de la pièce de . Heinar Kipphardt. Françoise Spira et Jean Vilar ont décidé en effet de ne pas utiliser le texte de l’auteur allemand, mais de se reporter directement aux minutes de la commission d’enquête de Washington, sans y ajouter des tirades ou des phrases qui n’auraient pas été effectivement prononcées. Le professeur Robert Oppenheimer, en effet, avait adressé à M. Kipphardt une dans laquelle il protestait contre son adaptation :

” …En lisant votre texte en allemand, je suis de nouveau très frappé par le nombre de phrases dans lesquelles vous inventez des choses qui non seulement ne sont pas arrivées mais ne pouvaient pas arriver et qui sont des contre-vérités.

” (…) Dès le début, mon objection n’a pas été limitée au fait que durant l’audience je n’avais pas prononcé le discours que vous avez inventé ; mais surtout au fait que vous me faisiez dire des choses que je n’ai pas dites et que je ne crois pas. Même en septembre, à Genève, pendant la conférence des ” Rencontres de Genève “, on m’a demandé si, maintenant, connaissant les résultats, je referais ce que j’avais fait pendant la guerre ; participer d’une manière responsable à l’élaboration d’ atomiques. J’ai répondu oui. Alors une voix irritée ma demandé ; ” Même après ? “, et j’ai répété mon oui.

” (…) Il semble que vous avez oublié Guernica, Dachau, Coventry, Belsen, Varsovie, , Tokyo. Moi, je n’ai pas oublié. Je pense que si vous estimez nécessaire de lire à contresens et de fausser ainsi votre personnage principal, vous devriez peut-être écrire sur quelqu’un d’autre. Je pense aussi que vous ne devriez pas être aussi confiant dans une situation telle que celle-ci, qui n’est pas sans présenter un terrain favorable pour une action judiciaire contre vous-même et les producteurs de votre pièce. “

Les répétitions de la pièce-document de Jean Vilar vont donc commencer lundi à l’Athénée.

Le Monde

Publié le 09 novembre 1964 

https://www.lemonde.fr/archives/article/1964/11/09/jean-vilar-signera-seul-la-piece-document-le-proces-oppenheimer_2118565_1819218.html

En cause : J. Robert Oppenheimer (In der Sache J. Robert Oppenheimer)

« En cause : J. Robert Oppenheimer est une pièce de théâtre, non un simple montage de documents. Je suis resté cependant le plus près possible des documents et des rapports officiels relatifs à l’affaire Oppenheimer.
Ma source principale a été le procès-verbal de la procédure d’instruction de l’affaire. Ce procès verbal qui compte trois mille pages dactylographiées a été publié en 1954 par la commission de l’Énergie nucléaire des États-Unis.
J’ai condensé cette procédure avec le souci constant de ne pas trahir la vérité. Mon domaine n’étant pas l’Histoire mais le Théâtre, j’ai essayé – pour suivre en cela le conseil de Hegel – de dégager « le noyau et la signification » du  fait historique que constitue l’affaire Oppenheimer, de les dégager du contexte des « circonstances ambiantes » ; de remplacer les « circonstances et caractères relatifs » par les données mettant en valeur la substance même de l’événement. » (Heinar Kipphardt)

Auteur.rice

Traducteur.rice

  • Jean Sigrid
  • Publié en 1967
  • 168 pages
  • Prix : 13.00 €
  • Langue source : allemand
  • ISBN : 9782851811301

https://www.arche-editeur.com/livre/en-cause-j-robert-oppenheimer-228

http://archivesgamma.fr/2022/03/21/dossier-oppenheimer